Mémoire universitaire : comment élaborer la « partie théorique » ?

 

 

 

 

Par Hélène WEBER

 

Bonjour,

Je me permets de vous laisser un commentaire car pour ma part, c'est la partie théorique de mon mémoire qui me pose problème… 

Je dois réaliser un mémoire de fin d'étude pour une école de commerce parisienne qui traitera de la "réputation des grands vignobles français". J'ai donc deux parties, une partie théorique et une partie empirique.  

Dans la partie théorique, il faut que j'analyse plusieurs concepts (que sont la réputation, le luxe et la géographie). Dans la partie empirique, je devrai analyser le contexte, puis avoir des rendez-vous avec des vignobles (sommeliers) en France et enfin je vais devoir analyser les résultats.

Mon seul souci (pour le moment) est le fait que je ne sais pas comment aborder la partie théorique. Dois-je faire des recherches sur google scholar et par la suite parler de cet article? 

Je vous avoue que je suis legerement perdu, si vous pouviez me donner un petit coup de main, ce serait génial !   

Merci et bonne journée !

Valentin


 

Dans le cadre de mes précédents articles consacrés aux mémoires universitaires, j'indique qu'un sujet de mémoire ne suffit pas, en général, pour s'engager dans une recherche.

Si vous ne transformez pas votre sujet en "objet de recherche", vous risquez de compiler des informations que vous allez avoir des difficultés à organiser par la suite. Vous pouvez également vous demander par où commencer : où chercher et quoi chercher.

Quels livres lire ? Pour y trouver quelles informations ?

Quelles personnes interroger ? Pour leur poser quelles questions ? Pour obtenir quel type d'informations ?

 

Valentin a un sujet bien identifié (merci beaucoup à lui, au passage, d'avoir partagé ses préoccupations dans le cadre d'un commentaire !) : la réputation des grands vignobles français.

Il peut effectivement se lancer dans la compilation d'informations diverses : lire des livres, des articles (en bibliothèque et sur internet), mener des entretiens pour glâner des témoignages…au hasard de ses recherches et découvertes.

Parfois, la thèse (ce que vous souhaitez montrer et démontrer) se dessine petit à petit. C'est d'ailleurs souvent parce qu'un sujet nous intéresse, que l'on a consacré du temps à lire sur le sujet, à en discuter avec des amis ou à vivre des expériences en rapport que l'on a choisi de lui consacrer un mémoire de fin d'étude.

Soit.

Toujours est-il qu'à un moment ou à un autre, un sujet va devoir devenir un objet, autrement dit, une question explicite que vous vous posez.

Quel intérêt ? 

Et bien, toutes les recherches d'informations que vous allez faire par la suite vont avoir un objectif concret : répondre à la question que vous vous posez.

Si le sujet est "la réputation des vignobles français", vous pouvez en fait vous poser des dizaines de questions différentes :

– La réputation des vignobles français est-elle surfaite ?

– Comment s'est construite la réputation des vignobles français au cours de l'Histoire ?

– Pourquoi les vignobles français sont-ils réputés ?

– Comment évaluer la réputation des vignobles français ?

– La réputation des vignobles français est-elle encore un argument commercial à l'heure actuelle ?

– Etc.

 

Valentin, que voulez-vous étudier ? Que voulez-vous comprendre ? Quel est votre "objet de recherche" ?

 

Vous expliquez dans votre message que vous ne savez pas par où commencer pour élaborer votre "partie théorique". Cela m'amène à envisager les trois questions suivantes : 

1- Consacrer une partie à la théorie est-il indispensable ?

2- Comment faire ses recherches ? Quels documents, articles ou livres lire ?

3- Comment rendre ensuite compte de ses lectures théoriques ?

 

Consacrer une partie à la théorie dans un mémoire universitaire est-il indispensable ?

Ce sont les résultats de votre recherche qui guident la façon dont vous allez organiser vos différentes parties.

Vous partez du principe que votre mémoire doit nécessairement être composé de deux parties : la première théorique, la deuxième empirique.

Pourquoi ?

Est-ce une consigne que l'on vous a demandé de respecter ? 

J'ai tendance à penser que le plan s'élabore à partir de la problématique, en ayant suivi au préalable les étapes suivantes :

– Vous choisissez un sujet

– Vous lisez quelques livres ou articles qui se raportent à votre thème

– Vous définissez votre objet de recherche (= la question)

– Vous mettez en place un dispositif d'investigation qui va vous permettre de rassembler des informations en vue de répondre à votre question (= lectures, entretiens, observation, expériences…)

– Vous formulez votre problématique (= question qui présuppose ce que vous voulez défendre comme thèse)

– Vous élaborez votre plan (= qui correspond à la démonstration de votre thèse)

– Vous passez à la rédaction

 

Dans ce cas, pourquoi séparer artificiellement théorie et empirie ?

Vos lectures vont vous amener à préciser vos hypothèses au même titre que les entretiens que vous allez mener, même si ce sera différemment. 

Votre écrit sera bien plus pertinent, ainsi que votre plan, si vous commencez par définir votre objet de recherche. Vous allez voir que si votre question est clairement posée, votre recherche de "théorie" sera grandement facilitée, tout simplement parce que vous saurez ce que vous cherchez.

 

Comment faire ses recherches ? Quels documents, articles ou livres lire ?

C'est l'objet de votre recherche qui guide vos recherches théoriques.

Je me répète, mais tant pis.

Vous avez votre sujet : la réputation des vignobles français.

Il vous faut un objet.

Prenons par exemple : la réputation des vignobles français est-elle remise en question par la montée en puissance d'autres vignobles partout à travers le monde ?

Cet objet est bien évidemment rempli de présupposés qu'il s'agirait d'analyser.

Par contre, il vous permet ensuite de partir en quête de lectures avec pour objectif de répondre à la question.

Voici les conseils que je pourrais vous donner pour sélectionner vos ressources :

– Rendez-vous dans une bibliothèque universitaire : faites une recherche par mots-clés dans le catalogue en ligne et allez feuilleter les ouvrages qui sont en lien avec votre sujet.

– Lisez intégralement les livres qui sont très proches de ce que vous souhaitez étudier et contentez-vous de quelques chapitres pour ceux dont le sujet est plus éloigné.

Consultez les bibliographies des livres qui vous ont particulièrement été utiles pour faire avancer votre réflexion. Vous y trouverez d'autres ressources à explorer.

– Portez une attention particulière aux articles des revues scientifiques. En général, ils synthétisent les idées d'un auteur de manière intéressante. 

– Faites attention de bien évaluer le statut des lectures que vous allez mobiliser : un article publié dans une revue à comité de lecture (qui a donc été évalué et sélectionné) a plus de "poids scientifique" qu'un article Wikipedia ou un article écrit par un journaliste dans une revue de vulgarisation.

– Flânez un peu sur internet pour trouver des blogs ou des sites institutionnels qui évoquent le sujet qui vous intéresse. N'hésitez pas à demander aux auteurs via le formulaire de contact les livres ou ressources recommandés.

– N'hésitez pas à regarder des films ou documentaires. Tout type de document peut en réalité servir votre recherche. 

 

Deux choses à retenir :

– Si vous vous posez une question précise (= objet de votre recherche), vos recherches théoriques vont être grandement facilitées. Vous allez sélectionner vos lectures parce que vous aurez repéré que vous y trouverez les réponses aux questions que vous vous posez.

– Rassembler des informations ne suffit pas. Il faut impérativement que vous évaluiez leur statut. Les résultats d'une recherche universitaire scientifiquement validée offre par exemple davantage de garanties qu'un article issu d'une revue grand public. Votre réflexion doit s'étayer sur des références validées selon les critères universitaires.

 

Comment rendre compte de ses lectures théoriques ?

C'est votre problématique qui guide l'élaboration de votre plan.

Une fois votre investigation théorique et empirique terminée, vous pouvez passer à l'élaboration de votre problématique. C'est-à-dire que vous savez ce que vous allez montrer dans le cadre de votre écrit. Vous avez une thèse à défendre et chaque partie de votre plan correspond à un argument que vous allez justifier grâce à vos lectures et aux fruits de votre recherche de terrain (observations, témoignages, entretiens). 

Lorsque vous souhaitez rendre compte d'une lecture théorique, il faut tout d'abord vous assurer que vous avez bien compris le propos de l'auteur. Je vous propose une démarche pour vous approprier un ouvrage dans ces deux articles :

Comment lire un livre efficacement ?

– Comment faire le compte-rendu d'un ouvrage théorique ? Partie 1 et partie 2

 

Je me rends bien compte que ma réponse à vos questions vous éloigne un peu de votre logique de départ…

La théorie ne s'oppose pas à l'empirie. C'est à partir de vos investigations de terrain que vous allez vous-même produire une réflexion théorique. 

Par contre, votre première partie sera sûrement consacrée à la justification de vos présupposés, que vous pourrez mener grâce à vos lectures.

 

 

Pourquoi avons-nous parfois des difficultés à chercher les informations théoriques dont nous avons besoin ?

Je voudrais terminer par une métaphore pour répondre à cette question.

Il s'agit d'une histoire que j'ai lue quelque part, mais je ne sais plus où. Si son auteur se reconnaît, qu'il se manifeste pour que je puisse citer ma source.

 

Un fermier demande à ses deux fils de trier une montagne de pommes qui viennent d'être ramassées dans le verger voisin.

Il leur indique que les pommes plus grosses que le poing doivent être mises d'un côté, et les plus petites de l'autre.

Après une journée entière de travail minutieux, les deux fils reviennent trouver leur père avec la satisfaction du travail accompli : les deux tas de pommes triés selon leur taille sont en ordre, et les pommes pourries ont été données aux animaux.

C'est parfait, s'exclame le père ravi, mettez maintenant toutes les pommes dans la charette pour les entreposer dans la grange. 

Tu nous les as faites trier une journée entière pour nous demander maintenant de les remettre ensemble ! réagissent les fils indignés.

Et bien oui, dit le père. Le travail que je vous ai demandé vous a conduit à distinguer les fruits pourris des fruits sains avec beaucoup moins d'erreur que si je vous avais directement demandé de le faire.

 

Conclusion ?

 

Plus l'objectif est précis, plus le travail réalisé le sera.

Dans cette histoire, les deux fils sont dupés. Pourtant, ils ont d'autant mieux réalisé leur travail que l'objectif a atteindre était exigeant.

Dans le cadre d'une recherche universitaire, vous risquez de vous éparpiller si vous ne vous donnez pas un objectif précis. Lire des livres sans autre but que de compiler des informations sur une thématique peut en perdre plus d'un. 

Pour ma part, avant de savoir précisément ce que je voulais comprendre, tout ce que je lisais me tombait des mains…

Vous pouvez être différent. Peut-être que le simple fait de lire sur un sujet qui vous intéresse vous maintient en alerte, motivé et concentré. 

Si ce n'est pas la cas, prenez d'abord le temps de peaufiner votre objet de recherche.

Ayez de toute façon toujours en tête qu'un objet de recherche, comme une problématique, n'est pas gravé dans le marbre. Ceux-ci peuvent tout à fait évoluer au fur et à mesure de vos recherches et découvertes (c'est d'ailleurs souvent le cas et c'est même souhaitable !). 

Transformer un sujet en objet signifie que vous vous mettez en "mode recherche". Vous commencez enfin à chercher quand vous commencez à vous poser des questions. 

A bientôt,

Hélène

 

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  2. Hélène WEBER
     
     
     
    Avez-vous lu l'article que j’ai rédigé sur le plan du mémoire ?
    le voici : 
     
    A bientôt,
    Hélène

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