Linguistique amazighe


LE DOUBLE DÉCLASSEMENT DIGLOSSIQUE DE TAMAZIGHT : ENTRE L’IMPÉRATIF DE SON AMÉNAGEMENT ET LES EXIGENCES DE SA SURVIE SOCIOLINGUISTIQUE

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Published on Tuesday, June 13, 2017 by João Fernandes

SUMMARY

Tamazight, langue maternelle polynomique disposant d’une vitalité suffisante, au statut national et officiel (insertion dans le système éducatif en 1995, statut de langue nationale en 2002 et officielle en 2016), s’est vue rapidement dédoublée d’une variété dite « standard » dédiée aux fonctions socialement valorisées (domaine formel). « Tamazight », au sens où nous l’entendons ici-- un terme générique au singulier qui renvoie dans les faits à une pluralité de variétés naturelles maternelles d’une partie des Algériens--, tend à être resémantisé pour désigner une novlangue artificielle dite « standard » et elle seule.

ANNOUNCEMENT

Colloque international, Algérie les 18 et 19/11/2017

Ce colloque est le prolongement des sept colloques organisés dans plusieurs villes Algériennes :

  • Le 7ème a eu lieu à la bibliothèque nationale d’Algérie, 6-7 Novembre 2016.
  • Le 6ème a eu lieu à l’université de Batna (Algérie), 5 - 7octobre 2015.
  • Le 5ème a eu lieu du 28 au 30 novembre 2013 à Ghardaïa (Algérie).
  • Le 4ème « Les langues de moindre diffusion sur le web numérisations, normes et recherches » tenu à Boumerdès (Algérie)
  • Le 3ème Juin 2010 sur « la dictionnairique de langues de moindre diffusion (le cas du tamazight) » tenu à Tipaza (Algérie).
  • Le 2ème Mai 2009 sur « les TICE et les méthodes d'enseignement/apprentissage des langues », tenu à Tipaza (Algérie).
  • Le 1er Juin 2008 sur « la normalisation, la numérisation, la BNB et le e-learning », tenu à Tipaza (Algérie).

Problématique

Attaché à la posture scientifique critique des perspectives d’analyse, de traitement, et d’aménagement de la langue tamazight et de son enseignement, préconisée depuis ses premiers évènements scientifiques, le CNPLET/MEN et ses partenaires traditionnels (le laboratoire paragraphe de l’université Paris 8 et Cergy-Pontoise), appellent les spécialistes et universitaires intéressés à proposer des communications au colloque international qui se tiendra les 18/11 et 19/11/17 en Algérie conformément à la problématique suivante.

Tamazight, langue maternelle polynomique disposant d’une vitalité suffisante, au statut national et officiel (insertion dans le système éducatif en 1995, statut de langue nationale en 2002 et officielle en 2016), s’est vue rapidement dédoublée d’une variété dite « standard » dédiée aux fonctions socialement valorisées (domaine formel).

« Tamazight », au sens où nous l’entendons ici-- un terme générique au singulier qui renvoie dans les faits à une pluralité de variétés naturelles maternelles d’une partie des Algériens--, tend à être resémantisé pour désigner une novlangue artificielle dite « standard » et elle seule.

Les variétés naturelles de tamazight, déjà fortement concurrencées par le français et l’arabe scolaire dans le domaine formel, sont mises, ipso facto, dans une position d’insécurité aggravée en raison de leur fonctionnalité sociale et de la montée de la norme tamazight dite « standard » qui ambitionne de s’imposer à l’école et aux médias.

Cette émergence est en passe de provoquer un déclassement diglossique (cette notion renvoie à la rétrogradation de l’Occitan qui, perdant de son prestige historique, devient la langue « basse » dans le dispositif francophone) -- concept que l’on doit à la sociolinguistique occitane (Robert Lafont).

Dans les faits, le plurilinguisme algérien enregistre actuellement un double déclassement diglossique de tamazight. Le premier déclassement résulte du fait que les variétés de tamazight (vernaculaires) ont toujours occupé le domaine des rapports non formels, laissant le domaine formel pour le français et l’arabe scolaire, et celui de la communication extensive nationale et maghrébine à l’arabe algérien (véhiculaire). Le second déclassement découle du fait que cette novlangue tamazight tente de s’imposer comme variété haute de la sphère tamazightophone, provoquant corrélativement le déclassement des variétés naturelles maternelles d’un degré supplémentaire.

Le plurilinguisme diglossique algérien, englobant le plurilinguisme tamazightophone (les variétés maternelles), est en passe d’être reprofilé en se complétant d’une diglossie (au sens de Fergusson) propre au domaine tamazightophone.

Il a été soutenu (DOURARI A., « Normalisation de tamazight et glottopolitique », in Maghreb Emergent du 25/06/2014) qu’un tamazight standard, pur artéfact au sens théorique et pratique, est, au moins dans l’immédiat, une virtualité relevant du domaine de l’utopie, en termes de fonctionnalité sociale escomptée. L’une des raisons est liée au fait que les locuteurs tamazightophones (les élites instruites) qui sont susceptibles de s’y intéresser ne soient pas monolingues, d’un côté, et au fait, d’un autre côté, que les langues qui dominent le domaine formel (français et arabe scolaire) sont puissamment ancrées dans l’habitus culturel, langagier et institutionnel de la société eu égard à leurs fonctions sociales effectives dans le marché linguistique.

Si la vitalité d’une variété dépend fondamentalement de l’adhésion de ses locuteurs, en raison de sa disponibilité socio-historique et du sentiment de bonheur identitaire et culturel qu’elle leur procure (pyramide d’Abraham Maslow), ce « tamazight dit standard » ne semble pas pour l’instant en représenter l’instrument idéal. Il faut souligner que son enseignement et la littérature qui y est produite ne suscitent qu’un intérêt social relatif loin de l’enthousiasme espéré, contraignant la revendication militante à la posture paradoxale de la demande d’ « imposition de son enseignement », y compris en Kabylie où la demande sociale est supposée être très forte. Est-ce un désintérêt ? Qui, en plus, n’a fait l’objet d’aucune étude scientifique évaluative, ce qui est en soi un indice révélateur ?

Aujourd’hui, l’un des moyens les plus surs et le plus rapide, pour le recueil, la conservation, le développement et la diffusion des langues, est la confection de bases lexicales, et de corpus d’expressions de tous ordres compatibles avec une utilisation informatisée. Le traitement automatique est une tâche nécessaire, se situant à l’intersection des préoccupations de l’informaticien et du linguiste surtout à l’ère de l’informatique systématisée et le web. C’est sur la base d’une analyse linguistique approfondie de corpus recueillis sur le terrain que pourra se réaliser une extraction automatique optimale des données selon le besoin défini.

Axes thématiques

Se posent alors les questions suivantes :

1) Quelle est la nature de la demande sociale d’enseignement de cette langue : tamazight maternelle ou novlangue standardisée ?

2) Comment les observateurs et utilisateurs (militants, locuteurs, élèves…) de tamazight se représentent-ils cette novlangue ?

3) A-t-elle une influence significative sur leurs pratiques langagières courantes ?

4) Tamazight dans la production littéraire : Comment est-elle perçue par le lectorat ?

5) Toute standardisation linguistique n’entraine-t-elle pas systématiquement un effet d’artéfact et un déclassement diglossique ?

6) La rupture avec la langue maternelle (variétés de tamazight) dans le processus de scolarisation, n’est-elle pas l’une des causes les plus influentes sur l’adhésion (motivation) à cet enseignement, sur le choix des pratiques langagières et sur les attitudes linguistiques ?

7) Quels sont les incidences de ce déclassement diglossique sur la pérennité des variétés maternelles naturelles ?

8) Quelles sont les stratégies d’aménagement et les approches méthodologiques qui favoriseraient au mieux la longévité de cette langue ?

9) Faut-il maintenir la polynomie et procéder à la standardisation progressive des variétés régionales ou privilégier la standardisation /unification globale ? Dans quels buts glottopolitiques ?

10) Quels sont les objectifs sociolinguistiques qu’il faut assigner à cet aménagement dans une visée glottopolitique globale ?

11) Qu’en est-il de l’enseignement de tamazight dans le système éducatif algérien ? et quels objectifs sociaux et didactiques faut-il lui assigner ?

12) Qu’en-est-il de son enseignement dans le système éducatif marocain ?

13) Qu’en est-il de l’évolution de la politique linguistique en Algérie et au Maroc ? Y a-t-il une stratégie d’intégration des variétés de tamazight, notamment dans les différentes institutions de l’Etat et dans les médias ?

14) Comment le consortium commun ISO et TEI dictionary permet-il aux langues de se pérenniser et se développer dans l’environnement informatique.

15) Comment les TIC peuvent-ils aider au développement et à la diffusion de la langue tamazight compte tenu des variétés maternelles.

16) Comment le web sémantique peut-il être utile pour faire des recherches dans des corpus en langue Tamazight.

17) Existe-t-il des ontologies numériques en langue Tamazight ?

18) Quelle est la place du Tamazight sur le web.

19) Quel est le rôle des réseaux sociaux pour l’apprentissage d’une langue et pour établir des liens sociaux entre les personnes.

20) Etc …

Ce colloque étant posé comme cadre de réflexion scientifique sereine, les communicants devront tirer leur argumentation des connaissances théoriques et pratiques développées dans le cadre de la sociolinguistique, de la socio-didactique, des neurosciences, de la glottopolitique et plus généralement des sciences sociales et humaines, mais aussi des humanités numériques comprenant l'hypertexte et l'hypermédia. La description et l’analyse de cas typiques observés ou des cas analogues d’aménagement linguistique ayant réussi ou échoué est souhaitée.

Ce colloque s’interroge aussi sur l’apport des TIC pour le développement de la langue Tamazight en analysant d’une part sa présence sur le web et les réseaux sociaux et d’autre part, sur l’importance du numérique pour sauvegarder et diffuser une langue.

NB Les résumés de propositions de communication d’une page (en times new roman 12pts), accompagnées de CV brefs, doivent être adressées à :

« centretamazight@yahoo.fr » « rezakdurari@yahoo.fr » « idsaleh@orange.fr »

Calendrier

  •  Date limite de soumission des propositions : 30 Juillet 2017

  •  Envois des textes complets de communication : 15 Octobre 2017
  •  Langues de communications : Arabe, Français, Anglais, Espagnol

Comité scientifique

Présidents du Colloque

  • Prof. SALEH Imad ; Directeur du Laboratoire Paragraphe, U. Paris 8 et Cergy-Pontoise
  • Prof .DOURARI Abderrezak, Directeur du CNPLET/MEN

Membres :

  •  ABDELDJALIL Elimam(Prof. Espagne)
  •  AOUMER Fatsiha(MCF. Université Abderrahmane Mira Bejaia- Algérie-)
  •  BEKTACHE Mourad(Doyen Faculté des Lettres et des Langues -Université de Béjaia)
  •  BELGASMIA Nora(MCF. Université Mouloud Mammeri Tizi Ouzou- Algérie-)
  •  BLACKWOO Robert(Prof. Université Liverpool –Royaume-Uni)
  •  BOUALILI Ahmed(MCF. Université Mouloud Mammeri Tizi Ouzou- Algérie-)
  •  CHACHOU Ibtissem (MCF, Université de Mostaganem- Algérie-)
  •  CHEMAKH Said(MCF. Université Mouloud Mammeri Tizi Ouzou- Algérie-)
  •  HADDADOU Md Akli(Prof. Université Mouloud Mammeri Tizi Ouzou- Algérie-)
  •  HASSOUN Mohamed (Prof. ENSSIB, France)
  •  HESSAS Hakim (MCF Université Alger2- Algérie-)
  •  IMARAZENE Moussa (Prof. Université Mouloud Mammeri Tizi Ouzou-Algerie )
  •  LAMIREL Jean Charles (MCF/HDR, Loria-France)
  •  MAHRAZI Mohand (MCF. Université Bouira- Algérie-)
  •  MEKSEM Zahir (MCF. Université Bejaia- Algérie-)
  •  MORSLY Dalila (Prof. Université Angers, France)
  •  OULD-BRAHAM Ouahmi (Chercheur, Maison des Sciences de l’Homme Paris. Nord)
  •  SABRI Malika (Prof, Université Mouloud Mammeri Tizi Ouzou- Algérie-)
  •  SADEK Fodil (Prof. Université Mouloud Mammeri Tizi Ouzou- Algérie-)
  •  SZONIECKY Samuel (MCF, Université Paris 8)
  •  TALEB -IBRAHIMI Khaoula (Prof. Université Alger 2- Algérie-)
  •  TIDJET Mustapha(MCF. Université Abderrahmane Mira Bejaia- Algérie-)
  •  ZREIK khaldoun (Prof. Université Paris 8, Laboratoire paragraphe, France

SUBJECTS

DATE(S)

  • Sunday, July 30, 2017

CONTACT(S)

  • Abderrezak Dourari
    courriel : rezakdurari [at] yahoo [dot] fr

REFERENCE URLS

INFORMATION SOURCE

  • Tamazight Centre
    courriel : centretamazight [at] yahoo [dot] fr

TO CITE THIS ANNOUNCEMENT

« Le double déclassement diglossique de Tamazight : entre l’impératif de son aménagement et les exigences de sa survie sociolinguistique », ColloquiumCalenda, Published on Tuesday, June 13, 2017, http://calenda.org/408094


15/06/2017
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Programme de la Licence de Langue Tamazi?t à l'ENSB (Bouzaréah).

Ahil n turagt n tutlayt tmaziɣt deg ENSB (Bouzaréah) :
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Programme de la Licence de Langue Tamaziɣt à l'ENSB :
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C'est la version française des intitulés des modules d'enseignement qui forment le programme de formation des étudiants en vue d'une licence de langue tamazight. La licence de tamazight s'étale sur six semestres. Voici donc les intitulés des modules qui sont suggérés au ministère de l'enseignement supérieur.

Premier Semestre :
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1. Pratique et techniques de l'oral.
2. Pratiques et techniques de l'écrit.
3. Introduction à la linguistique générale.
4. Phonétique.
5. Ecriture et Diction ( orthographe, notation usuelle )
6. Approche des textes : Oralité.
7. Etude d'un dialecte amazigh : tacawit.
8. Introduction à la sociologie culturelle.
9. Histoire et civilisation amazighs.
10. Langue étrangère (I) : Français.

Deuxième Semestre :
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1. Pratique et techniques de l'oral (II)
2. Pratiques et techniques de l'écrit. (II)
3. Introduction à la linguistique générale. (II)
4. Phonologie.
5. Ecriture et Diction (II) ( Orthographe, notation, prononciation)
6. Approche des textes : Oralité. (II)
7. Etude d'un dialecte amazigh : tacawit. (II)
8. Anthropologie sociale et culturelle.
9. Histoire et civilisation amazighs. (II)
10. Langue étrangère 1 (I) : Français. (II)
11. Informatique (I):Notions de bases.Mise en marche d'unPC

Troisième Semestre :
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1. Pratique et techniques de l'oral. (III)
2. Pratiques et techniques de l'écrit. (III)
3. Introduction à la linguistique générale.
4. Linguistique contrastive.
5. Morphologie Lexicale.
6. Sémantique Lexicale.
7. Etude d'un dialecte amazigh : (III).
8. Traductologie.
9. Histoire et civilisation amazighs. (III)
10. Langue étrangère 2 : Anglais (I)
11. Informatique (II) : Bureautique - Systèmes d'exploitation.

Quatrième Semestre : 
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1. Pratique et techniques de l'oral. (IV)
2. Pratiques et techniques de l'écrit. (IV)
3. Syntaxe.
4. L'oralité et les problèmes de passage à l'écrit.
5. Lecture de textes littéraires amazighs contemporains.
6. Recherche documentaire.
7. Etude d'un dialecte amazigh (IV)
8. Méthodologie (I) (de la recherche). 
9. Langue étrangère 2 : Anglais (II)
10. Langue étrangère (I) : Français.
11. Informatique (III) : l'audio-visuel, internet, web, et N.Techn.

Cinqhième Semestre :
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1. Didactique Générake.
2. Psychopédagogie.
3. Systèmes grammaticaux.
4. Confection d(outils pédagogie et gestion de la classe.
5. Etude des programmes et des manuels scolaires.
6. Méthodologie (II)
7. Etude d'un dialecte amazigh (V)
8. Initiation à la léxicométrie.
9. Découverte des archives.
10. Evaluation

Sixième Semestre :
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1. Législation. 
2. Stage pratique.
3. Mémoire de fin d'études (Licence)


02/06/2017
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Examen final du S2

E.N.S.Bouzaréah - Aseggas 1-ru n turagt n tmaziɣt
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1e année Licence de Langue Tamazight :
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Ha-t-an uḍris ay asen-d-fkiɣ iyinelmaden n useggas amezwaru n turagt n tmaziɣt (1e année Licence de langue tamaziɣt) deg ukayad n umesdis wis (2e semestre). Sseddaɣ-d daɣen isteqsiyen.
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Aḍris :

Iggen wass, alɣem d uyis d weɣyul llan deg wurti sserḥen ur ten-walan midden. Yenna-as uyis i welɣem d weɣyul : - Seɣdet, ccet s tsusmi, ur ssawalet : lukan ad aɣen-d-slen yibunadmen, ad aɣen-ṭṭfen, ad aɣen-sxedmen axdam yuɛeṛ !

Ayis yenna-asen : - Necci tɣareɣ s tazzla. Lukan ad d-yas ḥedd ? Ad rewleɣ, ur inejjem ad iyi-d-iteṭṭef.

Aɣyul d azkakri, yenna-asen : - Necci, yusa-iyi-d yiggen n uɣanna d aweḥdi i xseɣ ad t-ɣenniɣ. 
Nnan-as : - Lukan ad tɣennid ad aɣen-d-slen midden, ad d-asen ad aɣen-ṭṭfen.
Aɣyul ur iɣis ad yaɣ awal. Iɣenna.. Usin-d midden, ṭṭfen-ten netta d welɣem. Ma d ayis yeẓwa yerwel ur t-id-ṭṭfen. Ḥemmlen ɣef-sen ticekkaṛin, ulin ɣef-sen, rekben-ten. Yenna-as welɣem i weɣyul : - Rgeb batta i aɣen-tjid ! jjur imaṛ-u tcemmṛed !

Llan jjuren deg yiggen webrid d ajedrar. Aɣyul, netta d aḥili, yerra iman-is yeɛya. Cemmṛen-t netta d wani cemmṛen ɣef-s. Jjan-t ɣef welɣem. Alɣem yezɛef ɣef weɣyul, d netta i d-yewwin leɛdab-u. Yesɣed : ur d-yenni cra. Yebda yejjur. Alin mɛa yiggen n wewrir. Yaweḍ welɣem ɣer yiggen n umčan deg-s idɣaɣen d izeɛlak. Dinni, yenna-as i weɣyul : - Ceččin, tellid tɣennid-d aɣenni d aweḥdi… imaṛ-u necci xseɣ ad rekseɣ.
Yenna-as weɣyul : - Ur rekkes da, amaɣer acal d uctim wel trekksed d aweḥdi. Ejj ald naweḍ tamuṛt yellan deg-s ijdi ad d-yas urkas deg-s yebha.
Yenna-as welɣem : - Tabejna-inu tenna-iyi-d : rkes da ! ceččin tettɣennid necc ad rekkseɣ…

Alɣem yebda irekkes, yekli (yesseɣli) aɣyul ɣef yedɣaɣen, yejj-it yerreẓ… Ticekkaṛin uḍant, alɣem yeṛwel, yelḥeq ameddučel-is ayis. Aɣyul, ɣersen-t midden amaɣer wel ineffeɛ i cra, yerreẓ ! Tanfust-u ɣef ubunadem wel yettaɣen awal i wasi yenṣeḥ-t. Lukan wel iɣenna weɣyul wel yettwiɣris.

Amur I : Tigzi n uḍris 
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1 – D acu-t usentel iɣef d-yewwi uḍris-a ? Efk-as izwel iwatan.
2 – Kkes-d seg uḍris snat ar kṛad n tefyirin i d-yesbanayen aɣyul yeqqur uqerru-is ?
3 – Maɣef i yexs welɣem ad yerkes ? Amek i as-teḍra i weɣyul deg taggara ?
4 - Segzi-d awalen-a taruḍ yal yiwen deg-sen deg tefyirt :
3.1 – Sɣed 3.2 - Rgeb 3.3 – rkes

 

Amur II : Tira n tmaziɣt
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1. Kkes-d seg uḍris semmus n yismawen yellan deg waddad amaruz. Aru-d addad-nsen ilelli tgelmeḍ-d abeddel i d-yellan deg yisem.
2. Err-d tafyirt-a s udem wis sin n usget unti s talɣa tibawt. 
« Llan jjuren deg yiggen webrid d ajedrar. » 
3. Amek ara nessemgirred ger tenzeɣt « d » d tzelɣa n tbadut. Awi-d imedyaten seg uḍris.
4. Sleḍ tafyirt-a s ubdar n yismawen n yiferdisen d twuriwin-nsen tinejṛumin

Amur wis III : tanfalit yuran
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Fren ger sin yisental-a. Amezwaru d tira n uḍris ɣef usentel n tenfust-a. Wis sin : fren tanfust i triḍ siwel-itt-id deg uḍris n wugar n 10 n yizirigen.

 

Afud igerrzen !
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Hamid Oubagha


01/06/2017
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Le sage ouvre son cœur Lounis Aït Menguellet comme dans un confessional

Le sage ouvre son cœur

Lounis Aït Menguellet comme dans un confessional

[ Entretien avec Lounis Ait Menguellet. Réalisé par Kamela Haddoum et publié dans  "La dépêche de Kabylie" datée du jeudi 1er juin 2017. ]

 

A la veille de l’entame de sa série de concerts à Tizi-Ouzou (les 1er, 2 et 3 juin à la Maison de la culture Mouloud Mammeri), Lounis Aït Menguellet a reçu notre journaliste, hier matin, chez lui, sur les hauteurs de Kabylie, à Ighil Bouamas. Il se livre sans retenue, comme il l’a rarement fait par le passé. Il remonte son parcours et sa vie. C’est exclusif !

La Dépêche de Kabylie : Si on remontait un peu dans vos souvenirs et évoquait vos débuts dans la chanson…

Lounis Aït Menguellet : Ah, le début (soupire) ! L’amour de la chanson m’est venu de ma famille. C’était une famille ouverte, j’étais entouré de femmes. Ma mère, ma grand-mère, au fait j’ai eu quatre grands-mères. Mon grand père s’est marié trois fois. On a tous vécu dans la même maison. Toutes ces bonnes femmes ont su me transmettre l’amour de la chanson. Elles étaient ouvertes et intelligentes, je les entendais chanter, c’était extraordinaire, elles aimaient réciter la poésie, elles en faisaient aussi d’ailleurs. C’est cette atmosphère qui m’a prédisposé. Après la fin de la guerre, je suis parti à Alger avec ma famille. Tout a commencé là-bas, en découvrant la radio, la télévision, où je commençais à découvrir les chanteurs du moment, comme Sliman Azem, Chikh Arab Bouyezgaren, Allaoua Zarouki, Taleb Rabah… Ce dernier m’a marqué. Je n’ai jamais pensé que j’allais devenir chanteur, c’était par hasard. Ma première chanson, je l’ai écrite en 1966, c’était «Mathroud Oula Dhnek Akthar». L’émission de Cherif Kheddam était le déclic «Ighenayen Ouzekka». Mon frère, à l’époque, a ramené une guitare à la maison, de temps en temps j’y jouais, j’essayais de tirer des sons, ce n’était pas évident, y’avait personne pour m’apprendre. Mon cousin, un jour, m’a entendu chanter une chanson de Taleb Rabah et m’a demandé d’aller à l’émission, comme j’étais timide et désintéressé j’ai refusé. Mais il a insisté et c’est lui qui m’y a conduit. Moi au début, c’était plus par curiosité de voir comment est la Radio et de rencontrer Cherif Kheddam, c’était en 1967.

La rencontre avec Cherif Kheddam, comment l’avez-vous vécue ?

J’ai été très impressionné par sa gentillesse et sa simplicité. J’ai découvert son professionnalisme, il m’a mis très à l’aise. Il avait Achrof Idir et Mehenni comme assistants, ils étaient tout aussi gentils.

C’est de là que démarrent les 50 ans de carrière…

J’ai chanté «Aqliyi Am Tir Lqefs» de Taleb Rabah, il fut tout de suite conquis et il m’a demandé de revenir. C’est là que j’ai chanté ma toute première chanson. J’ai pu enfin l’enregistrer et décoller.

Aujourd’hui, avec le recul, comment évaluez-vous ce parcours ?

Avec le recul (long silence), c’est un peu compliqué. Ma vie ne diffère pas de la vie des gens de mon âge à l’époque. Ceci dit, je n’ai aucun regret ! Au contraire, je suis content, j’ai fait ce que j’aimais faire. J’ai été à l’école, j’ai fait un métier, celui de l’enseignement technique, je suis ébéniste de formation. J’aurais pu pratiquer ce métier et rester inconnu, j’aurais peut être fabriqué des guitares, mais pour les autres. Je serais vraiment ingrat si je regrettais ce que j’ai vécu.

Arriver au sommet de la pyramide c’est peut être facile, y rester c’est sans doute difficile, c’est quoi le secret de votre longévité ?

La vie est pleine de surprises ! Ceux qui brillent puis tombent dans les oubliettes, ce sont souvent ceux qui veulent absolument arriver, réussir. Ce n’était pas mon cas. Je voulais juste faire mes chansons et du mieux que je pouvais. Je voulais exprimer ce que la vie m’inspirait.

En parlant d’inspiration, d’où puise Aït Menguellet son inspiration ? Quelle est votre muse ?

En 50 ans de carrière, je vous assure que je n’ai jamais cherché l’inspiration, elle venait d’elle même. D’ailleurs, je n’ai jamais su s’il allait y avoir un nouvel album. J’attendais, et il se trouve que ça venait. Il suffit d’écouter les chansons pour comprendre.

Quand vous chantez l’amour alors, doit-on comprendre qu’une femme vous a inspiré ?

Pas forcément ! Les gens pensent que j’ai vécu une histoire d’amour.

Et ce n’était pas le cas ?

Non, c’est faux ! Je crois être un très bon observateur. La vie des autres m’inspire, il y a aussi une part d’imagination. Un poète ne peut vraiment en être un sans imagination !

Aït Menguellet n’a pas connu l’amour alors ?

Si ! Mais il y a des choses et des pans de ma vie que je ne voudrais jamais partager, ils m’appartiennent.

Passons alors au combat identitaire. C’était aussi un engagement pour vous. Comment avez-vous vécu l’époque du déni identitaire ?

A ce moment-là, chanter en kabyle relevait du militantisme. C’était opprimé. Si je parlais de ma propre expérience, je dirais que j’ai vécu la période de la jeunesse, caractérisée un peu par l’insouciance. Un jeune ne pense pas tellement aux problèmes profonds de la vie ! Cette insouciance m’a permis de franchir des obstacles. Je me suis focalisé sur le sentimental, car ça correspondait à mon âge et à mes préoccupations du moment, à ce que je ressentais à ce moment-là. Puis avec le temps, je ne pouvais ne pas remarquer la marginalisation du kabyle. On nous demandait dans la rue de parler en arabe «sinon on va nous entendre». J’ai constaté cette anomalie et je me suis posé la question : pourquoi n’ai-je pas le droit de parler ma langue ? Il n’y avait pas d’interdiction claire, mais on le vivait. Ensuite, ça a nourri la conscience de tout un chacun et on a milité chacun comme il pouvait ! Pour ma part, c’était avec la chanson. A ce moment-là, la priorité était la sauvegarde de la langue. Tant qu’on produisait, qu’on chantait et qu’on écrivait, la langue ne risquait pas de disparaître. C’était une forme de résistance.

C’est de là que vous avez donc commencé à chanter des chansons engagées ?

Moi, j’ai commencé dans la chanson. Après, chanter engagé, c’était un concours de circonstances. J’ai toujours dit que je n’aimais pas faire de la politique. Pas la politique partisane en tout cas. Je n’appartiens à aucun parti, mais je suis conscient que je fais de la politique au quotidien ! Cette politique là, c’est la vie.

Ce sont aussi des positions qui influencent vos milliers de fans…

Influencer, je ne sais pas, mais ça contribue à frapper les consciences, c’est sûr, comme je suis un personnage public. Mais je ne le fais pas sciemment. Je ne le fais pas d’une manière ciblée. Ma seule position tranchée c’est qu’on ne m’empêchera jamais d’être ce que je suis, parler ma langue et aimer mon histoire, la vraie ! Je ne considère pas cela comme étant politique, c’est un droit inaliénable, celui qui veut l’aliéner je le combattrai de toute mes forces. Personne n’a le droit de m’imposer sa langue, j’ai du respect pour toutes les langues, je suis pour le multiculturalisme, la diversité et les échanges entre les peuples, mais qu’on ne me renie pas.

Aujourd’hui, pensez-vous que les choses ont changé ? Tamazight langue officielle, on a même vu des hommages et une reconnaissance à l’éternel Mammeri…

Ce n’est que justice. C’est un Algérien, c’est sa patrie ! S’il n’est pas reconnu, c’est que la colonisation n’est pas finie ! Le contraire aurait paru normal au temps de la colonisation.

Oui mais cette reconnaissance est toute récente…

Oui et c’est pour ça qu’il y a eu un combat et une lutte. C’est la continuité d’un combat pacifique et légitime, c’est la consécration si vous voulez.

En parlant du combat, aujourd’hui, le MAK se dit la seule voix légitime des Kabyles, qu’en pensez-vous ?

Là j’userai de cette citation : «Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai pour que vous puissiez le dire». Il est vrai que je n’adhère pas à ces idées. Je ne fais pas de politique, comme il n’y a pas de parti idéal. Il faut prendre ce qui est bon de chacun, faire une sélection. Mais je suis pour les libertés et que chacun assume et prenne ses responsabilités, je ne me suis érigé ennemi de qui que ce soit. Je dénonce les injustices quand elles se montrent, mais je ne peux interdire à quelqu’un de s’exprimer, ça serait renier mon propre combat.

La chanson kabyle a changé d’orientation, ne pensez-vous pas que c’est révélateur d’une mutation culturelle de la société ?

C’est une mutation oui, mais elle est aussi normale. La société évolue, en bien ou en mal. Il y a du bon et du mauvais comme avant. Mais le nouveau nous fait peur, ça nous paraît bizarre. Cela ne m’inquiète pas pour autant. Pourvu que nous continuions à nous exprimer dans notre langue.

Justement, aujourd’hui, ce n’est pas complètement le cas, cela ne serait-il pas un danger pour la survie de cette langue à long terme ?

Je ne le crois pas, pour une raison très simple : c’est un phénomène qui se passe dans le monde entier et ce n’est pas pour cela qu’il y a danger. Ce qu’il y a à faire, c’est donner les moyens à Tamazight de s’épanouir, créer des institutions pour l’étude de Tamazight. C’est le travail des intellectuels et de l’élite.

Que pensez-vous de la nouvelle génération de chanteurs ?

Ils font leur chemin. J’espère qu’ils continueront à s’exprimer. Il faut juste gérer. Je veux dire par là, régler le problème des éditeurs, pour permettre aux jeunes d’éditer.

Votre nouvel album, sorti en avril dernier, suggère des messages lancés à travers certaines chansons. Vous confirmez cette impression ?

Il n’y a pas forcément de messages, chacun interprète à sa façon, moi je m’exprime. La chanson Tudert-ni, ce sont des passages de ma vie, ça me représente et me concerne à 100%.

Pourquoi refusez-vous d’écrire votre autobiographie ?

Parce que je le fais à travers mes chansons, je chante ce que j’ai envie de révéler.

Loin de l’artiste que vous êtes, parlons un peu de l’homme. Qu’est-ce que vous aimez faire, vos habitudes au quotidien ?

Je fais du sport chaque jour, j’ai commencé à l’âge de 13 ans, j’ai fait du judo. Il y a eu une longue interruption, après mon retour en Kabylie, j’ai fait le service militaire et organisé ma vie. Puis j’ai repris, j’ai fait du Karaté cette fois-ci. J’ai une ceinture noire, première dan. Je lis aussi beaucoup.

Votre écrivain préféré ?

Yasmina Khadra.

Une chanson que vous écoutez souvent, que vous passez presque en boucle, sans vous en lasser, dans votre voiture ?

Je mets soit Djaffar, soit Tarik ! (rire) Je plaisante. Mais plus sérieusement, j’adore les écouter, mais ça ne m’empêche pas d’écouter les autres, avec l’âge, la nostalgie grandit, on revient aux anciens, c’est peut-être l’approche de la mort (rire).

Un moment fort dans votre vie d’artiste ?

Le moment fort de ma vie d’artiste, ce sont mes 50 ans de carrière. Chaque gala, que ce soit dans un petit coin perdu ou dans une grande salle, est un moment fort.

Et un moment fort dans votre vie privée ?

Il y a eu la naissance de mes enfants, de mes petits-enfants. La libération de mon fils, c’était un grand moment.

Comment avez-vous vécu cette période d’emprisonnement de votre fils justement ?

(Silence) Je l’ai vécue comme je devais la vivre, dignement, c’est tout.

Quel commentaire faites-vous si je vous dis : l’Algérie ?

Mon pays, ma patrie. C’est la diversité, on est d’une richesse humaine et culturelle extraordinaire.

La Kabylie ?

Mon identité. Une partie de l’Algérie indivisible.

Houari Boumedienne

De son temps, il y avait une chape de plomb sur nous. Mais tout n’est pas noir ou blanc. Et entre les deux, il y a toutes les nuances possibles.

Hocine Aït Ahmed ?

Un grand homme

Idir ?

C’est un ami

Vous avez une tournée cet été ?

Oui, le 1er (Ndlr aujourd’hui), le 2 et le 3 juin à la maison de la culture de Tizi-Ouzou. Les 6 et 7 à l’Atlas, le 12 à Constantine, le 18 à Oran et le 24 à Marseille. J’espère qu’il y aura d’autres dates, à Béjaïa par exemple, j’aimerais tellement la faire, mais ce n’est pas de ma faute, on ne m’y a jamais invité.

Entretien réalisé par Kamela Haddoum.


01/06/2017
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LA TRADUCTION VERS LE BERBERE DE KABYLIE : Etat des lieux et critiques. (2005)

[Note importante. Voilà comment citer ce texte en bibliographie :

CHEMAKH Said, 2005, « La traduction vers le berbère de Kabylie : Etats des lieux et crtiques », in Actes du Colloque International. Traduction vers l’amazighe : problèmes et solutions pratiques. Tanger, les 15 et 16 novembre2005. IRCAM, Rabat,2005. ]

                                                  ************

LA TRADUCTION VERS LE BERBERE DE KABYLIE :

Etat des lieux et critiques. (2005)

Par  Said Chemakh

Chercheur post-doctorat

CRB/INALCO, Paris

 

 

 

 

Introduction :

          

         Notre propos portera sur ‘la traduction vers le berbère de Kabylie’. Par traduction, nous entendons texte ou ouvrage ‘censé(e) remplacer le texte-source par le ‘même’ texte en langue-cible’  comme le mentionne J. R. Ladmiral (1994 : 15) dans Traduire : théorèmes pour la traduction. Il note aussi que ‘à strictement parler, le texte-cible n’est pas le même que le texte original, mais n’est pas non plus tout à fait un autre’. Par berbère de Kabylie, nous entendons le dialecte kabyle uniquement. Même si une œuvre ne porte que la mention ‘traduit vers le tamazight ou berbère’, nous tenterons de situer la variété sociolinguistique usitée : si c’est du kabyle, nous la retiendrons. Nous n’excluons pas les autres traductions vers le tamazight, le tachelhit, le tarifit, le touareg et le tachawit mais nous nous focaliserons que sur celles produites en kabyle que ce soit en Algérie ou ailleurs.

         Les œuvres de création étrangère adaptées au système linguistique et axiologique du kabyle ne dateraient pas du XX°s. Mais, même si ce mouvement de traduction ait été enclenché depuis des siècles, nous ne pouvons le justifier du fait de l’absence de sources écrites. Et ce n’est qu’à partir du XIX° s. que des œuvres sont formellement identifiées comme ‘traductions’, ‘interprétations’, ‘translations’, ‘adaptations’…

         Pour mieux cerner l’objet de notre étude, nous procéderons suivant un plan à six parties  :

1°- Il s’agit avant tout de repérer les différentes causes et raisons qui ont poussé des personnes à traduire vers le kabyle.

2°- Il faudrait tenter d’inventorier l’ensemble voire uniquement la partie émergée de la totalité des œuvres pouvant être qualifiée  de ‘traductions’.

3°- Il y a d’analyser la façon dont les textes étrangers sont traduits.

4°- Il faut, par ailleurs,  revenir sur le profil et parcours des ‘agents de la traduction’ ainsi que sur les langues à partir desquelles ils traduisent.

5°- Les traductions vers le kabyle ont fait l’objet d’appréciations et de jugements. Il y a, donc, d’en rendre compte de ces dernières.

6°- Nous formulerons des critiques d’ensemble avant de conclure et de formuler des propositions pour une meilleure approche de la traduction.

 

I. Traduire vers le kabyle, Pourquoi ?

 

         Depuis près d’un siècle et demi que les premiers textes traduits (et/ou adaptés) du français et de l’arabe, les raisons qui ont motivé ce mouvement de passage des autres langues vers le kabyle se sont multipliées et diversifiées.

         Les premiers textes traduits et formellement publiés remontent exactement à 1858[1]. Il s’agissait de textes de lecture avec lesquels  A. Hanoteau voulait illustrer son Essai de grammaire kabyle. N’ayant pas de textes disponibles au moment de la conquête de la Kabylie (1856/57) puisque les deux dictionnaires disponibles et en usage chez les militaires et interprètes ne fournissent pas de textes, A. Hanoteau sollicite M. Bresnier, un enseignant et auteur d’une grammaire de l’arabe,  qui lui fournit des textes tirés de Lokman. Il y a lieu de penser que A. Hanoteau a recouru au service de Si Ahmed Ben Ali, lettré des Iboudraren pour les traduire en kabyle. Les premiers textes traduits et publiés sont donc : Agerfiw d ubara$ [=le corbeau et le renard], waréagen d tweîîuft [=la cigale et la fourmi], izem d ubare$ [le lion et le renard] de La Fontaine et Tizerzert [=la gazelle] et izem d wezger [=le lion et le taureau] de Lokman. Pour illustrer les ressemblances entre neuf dialectes berbères, A. Hanoteau se servira d’une historiette traduite de l’arabe au français et extrait du manuel de Bresnier.

         A. Hanoteau n’en restera pas là puisqu’il sera le premier traducteur de catéchisme et extrait du Nouveau Testament en kabyle, en plus des excellents travaux d’ethnologie/sociologie kabyle et de recueil de poésie traditionnelle dont il sera l’auteur.

         Le berbérisant R. Basset éditera en 1883, à Alger, les sept premiers chapitres de l’Evangile selon Matthieu.

         Les normaliens Boulifa et Bensedira vont traduire des extraits d’œuvres en français (et en arabe) pour illustrer les exercices de thèmes et versions de leurs cours. Certaines de ces versions sont d’ailleurs données sont comme sujets d’examens aux épreuves du Brevet de langue kabyle.

         Dans les années 40, les berbéro-nationalistes traduiront des textes tels que l’Internationale d’Eugène Pottier ou Ich hatte einen Kamerad d’Uhland.

         Dans les années 50, le Fichier de Documentation berbère publié deux traductions de fables de La Fontaine ainsi qu’un conte tiré des Mille et une Nuits intitulé Aeli u remdan, ahwanti n Be$dad sous forme de pièce de théâtre.

         Mais jusqu’aux années 1970, la majorité des traductions vers ne concernera  que les textes religieux chrétiens. La majorité de ces textes sont produits par le Diocèse d’Alger (XIX°s.) puis par le Dépôt Biblique (années 20). Ces traductions répondent aux soucis de l’Eglise d’apporter le message du Christ dans la langue en usage chez populations kabyles comme c’était le cas dans les 2500 langues vers lesquelles la Bible est traduite.

         A partir des années 70, le premier noyau de militants traducteurs se constituera à l’Université d’Alger autour de Mouloud Mammeri. Il sera vite relayer par le Groupe d’Etudes Berbères l’Université Paris VIII.

      Durant les années 80/90, d’autres traducteurs issus de la mouvance culturelle berbère viennent s’ajouter aux deux premiers noyaux.

       Les militants-traducteurs sont motivés par le souci de mettre à la disposition du public berbérophone d’auteurs mondialement connus. Selon S. Chaker (1993 : 15), ils ‘ont en commun la volonté d’insérer la langue et la culture berbère dans la modernité, de s’approprier les éléments fondateurs du patrimoine historique, culturel et éthique international’.

         En premier lieu, il s’agit de montrer que le berbère est langue vivante et moderne puisqu’elle est apte à véhiculer la littérature universelle. Sans  littérature écrite et traduction, une variété linguistique peut être minorée, niée et exclue des sphères du pouvoir, du marché et des systèmes de productions culturels. Le fait de choisir de traduire des écrivains ayant reçu le prix Nobel[2] n’est pas totalement innocent. Il en de même des écrivains non francophones avec qui l’enjeu est encore plus ardu : montrer que ce qu’écrit Lu Xun en chinois, Mrozeck en polonais ou Pirandello en italien peut se lire, se dire et se jouer en berbère.

Par ailleurs, Nous remarquons que les textes traduits sont vite repris comme supports d’enseignement aux berbérophones. Nous avons signalé dans notre étude sur le manuel Langue berbère, initiation à l’écriture, cf. Chemakh (1999 :103) que ‘Idéologiquement, le choix des textes n’est pas neutre, il s’explique (aussi) par la volonté de permettre l’accès à la littérature universelle et particulièrement occidentale, par le truchement de traduction et de l’adaptation’.     

La seconde motivation de ces traducteurs est d’enclencher un renouveau dans la littérature berbère en introduisant des genres jusque-là  inconnus  en littérature traditionnelle à l’instar de la nouvelle, du roman et du théâtre moderne.

 

II.  Qu’est-ce qui est traduit vers le kabyle ?

 

         Bien qu’il soit difficile de dresser une typologie claire et précise de ce qui est traduit en kabyle sur la base de critères rigoureux, il y a lieu de tenter  une petite classification pouvant permettre de distinguer les grands  ensembles de textes traduits.

         Dans cette classification, nous distinguerons les textes littéraires, les textes religieux, des textes politiques et divers(scientifiques, critiques...).

 

II. 1.Les textes littéraires :

         Ils seront classés par nom d’auteur. On distinguera les traductions des œuvres complètes des extraits (ou textes simples)

 

1.1.         Les œuvres entières :

 

AIT MANSOUR-AMROUCHE F. Histoire de ma vie, Maspéro, Paris, 1967. Ce roman autobiographique a été traduit par S. Bala dans le cadre de son DEA à l’Inalco en 2000, trad. inédite.

ALLEG H. La Question est traduit par A. Mezdad en 1979. Un extrait est publié dans Ayamun N°4 (2001).

BECKETT S. la pièce Am win yettraoun Öebbi [=En attendant Godot] a été traduite par Muhend u Yehya et joué pour la première fois dans les années 80 à l’Université de Tizi-Ouzou.

 

BELLEMARE P. De nombreuses histoires de cet auteur sont traduites par Ait Ighil M. Les premières sont publiées dans un recueil Allen n tayri Bgayet 1998. D’autres sont publiés dans le recueil intitulé Atlanta, Bgayet 1999.

BRECHT B. Deux pièces de ce dramaturge sont traduites par Muhend u Yehya. Il s’agit de :

a- Llem-ik, ddu d uvar-ik [=l’exception et la règle], publiée par Tala, Paris, 1974.

b-Aneggaru ad yerr tawwurt [=La décision], publiée par le Bulletin d’Etudes Berbères, n°9 à 11, 1976/77.

BUCK P. Le roman Tayemmat [=La mère] a été traduit par Mohamed Ait Ahmed en 1976. Il n’est disponible que sur support audio et diffusé à plusieurs fois par la radio Chaine II (kabyle).

CAMPS G. Berbères, mémoire et identité. Ce livre d’histoire publié chez Errance en 1985 a fait l’objet d’une traduction par Mohand Ouamar Oussalem, dans le cadre d’une thèse de Doctorat en linguistique berbère qu’il prépare actuellement à l’Inalco.

CAMUS A.  Caligula est traduit par A. Mezdad en 1975.

ERDMANN N. la pièce Axir akka wala deg uéekka [=le suicidé] a été traduite par Muhend u Yehya.

FERAOUN M. Trois œuvres de Mouloud Feraoun ont été traduites en kabyle :

a- Ussan di tmurt [=Les jours de Kabylie]. Il existe au moins trois traductions de cette œuvre. La première, incomplète, est celle donnée par Ferhat Mehenni dans la revue Tafsut 8-10 (1984/85). La seconde est celle publiée par Kamal Bouamara avec le concours du HCA en 1997. la troisième est l’œuvre de Yidir Ait Amrane. n’est qu’une ‘copie’ de la traduction de K. Bouamara.

b-Mmi-s igellil [=Le fils du pauvre] est traduit par Moussa Ould Taleb et publié par le HCA en 2003.

c- Le journal , est selon A. Mezdad, traduit par M. Ait-Ahmed.

GIBRAN K. Nnbi [=Le prophète] est traduit par Farid Abache et publié par Laphomic, Alger, 1991.

GIDE A. La nouvelle Tu$alin n weqcic ijaêen [=Le retour de l’enfant prodigue] est traduite par Kamal Bouamara en 1995. Elle est publiée à compte d’auteur en Algérie puis dans la revue Notes de linguistiques berbères à Paris, (1995-1996). Elle est, par ailleurs, reprise dans Ayamun 24 (2006).

JARRY A. Caebibi [=Ubu Roi] est traduite par Muhend u Yehya. Elle est diffusée sous forme de K7 audio.

KATEB Y. Trois pièces de cet écrivain ont été traduites en kabyle.

a- Ddem abaliz-ik a Mu [= Mohamed, prends ta valise]. Traduite par Benmohamed, Said Sadi et Amar Mezdad avec l’accord de l’auteur, cet pièce est jouée et a remporté le premier au Festival de Carthage en 1971. Elle est publiée en 1975-76 dans le Bulletin d’Etudes Berbères, 5, pp. 25-40, 8, pp. 35-47 et 9-10, pp. 75-94.

b-Kahina [=La guerre de deux mille ans]. Traduite et jouée à la fin des années 70, cette pièce n’est publiée qu’en 1992 dans Awal 9, pp. p. 221-230. Deux autres versions existent dont une en tamazight du Moyen Atlas.

c- Aɣebbar s allen [=la poudre d’intelligence ]. Traduite dans les années 70 par S. Sadi et A. Mezdad, elle est publiée partiellement en 1981 dans Tisuraf 7, pp.53-64. Elle est rééditée dans Ayamun N° 6 et 7 (2001).

LA FONTAINE Les Fables. On en dénombre plus d’une dizaine de  traductions des fables de Lafontaine. De deux ou trois textes traduits, on y va parfois jusqu’à une soixantaine.

LONDON J. Le loup des mers.

LU XUN. Deux nouvelles de cet écrivain chinois ont adapté en pièce de théâtre par Mohia. Il s’agit de :

a- Muend u Caeban [=Le ressuscité]. Adapté en film VHS, cette version est édité aux Editions berbères, Paris, 1992.

b-Muê terri [=La véridique histoire de Ah Qu]. Disponible en K7.

MAMMERI M. Aberi tili [=La cité du soleil]. Cette sottie est traduite par Idir Ahmed Zaid et publié en 1989 dans le recueil d’hommages Awal ɣef Dda Lmulud, Asalu, Alger, 1989.

MARAM Al-Masri, Une cerise rouge sur …. Poésie syrienne traduite par Brahim Tazaghart, Alger, 2007.

MAUPASSANT G. Di ssuq n Ieẓẓugen [=Les ficelles] est traduite Muhend u Yehya, disponible en K7 n°5.

MOLIERE. Deux pièces sont traduites en kabyle par Muhend u Yehya :

a-       Si Leêlu [=Médecin malgré lui], publié en 1986-87 dans Awal 2 pp. 145-156 et 3, pp. 147-190. Il existe aussi une K7 VHS diffusée par l’ACB, Paris.

b-      Si Pertuf [=Tartuffe]. Cette pièce est jouée à Paris mais existe uniquement en K7 audio.

Une traduction partielle de Don Juan est publiée dans Ayamun 4, 2001.

MROZEK Sin nni [=Les émigrés]. sont traduites en kabyle par Muhend u Yehya

OUETTAR T.

a- Remmana, traduite de l’arabe par Belmadi. Ce roman est publié par Al-Jahidya, Alger, 2000.

b- Ddurt-a ad d-uɣalen ccuhada [=Les martyrs reviennent cette semaine], traduite en 1987 par A. Mezdad et publié dans Ayamun  11 et 12 (2002).

PIRANDELLO L. Tacbalit [=La jarre] est traduite par Mohia.

PREVOST D. [=Le pont de la révolte] est traduit par Karim Bentaleb, (en cours d’édition).

SAINT EXUPERY A. de Ageldun amezyan [=Le petit prince] est traduit par Habib Allah Mansouri. Il est publié par le HCA en 2004. Une première traduction en tamachaq (en caractère tifinagh) est publiée par l’Imprimerie nationale à Paris en 1956 sous le titre Agg Ettebel. C’est cette version qui a été reprise dans la revue Tifinagh 9 à 14, 1996/1998, Rabat. Une autre traduction de Fouad Lahbib, en tamazight, est publié par l’Ircam (Rabat) en 2004. 

 

SARTRE J. P. Deux pièces sont traduites :

a- Morts sans sépulture, traduite par Muhend u Yehya et publiée en 1973-74 dans le Bulletin d’Etudes Berbères 2, pp. 17-27 et 3, pp. 16-28.

b-La P… respectueuse, traduite Mumuh Loukad (et revue par Mohia) mais n’a jamais été publiée.

SHEAKSPEARE W. Rumiyu d Juliet [=Roméo et Juliette]  traduit par A. Hamane et publié par l’Association Numidya, Oran, 2003. Une autre version non-publiée est realisé par Majid Hadj-Said, Alger, 1990.

         Du même auteur, un extrait de King Lear est publié sur le site Imyura.

TCHEKOV A.

De nombreuses nouvelles ont été traduites par M. Ait Ighil La première est publiée dans un recueil intitulé Atlanta, Bgayet 1998. Les autres portent le titre Tchekov s teqbaylit [=Tchekov en kabyle], Bgayet, 2002.

VOLTAIRE Muend u Caeban [=Gménon ou la sagesse humaine]. Ce conte philosophique est traduit par Muhend u Yehya et publié en K7 audio, n°4.

 

          

1.2.         Les extraits (et textes simples)[3]:

 

ABDELQOUDOUS. La nouvelle Le voleur d’autobus a été traduite par Ait Ighil M. et publiée dans un recueil intitulé Allen n tayri, Bgayet 1998.

AMROUCHE T. des extraits des contes intitulés Le grain magique, éd. Maspéro, 1967, ont été publiés dans diverses revues ainsi que dans des manuels.

BAYDAQ Al- Tadyant n Imweêden =Histoire des Almohades publié par Redjala M. dans Littérature Orale Arabo-Berbère. 1977. p. 81-108.

BAUDELAIRE, Fleurs du mal, quelques textes<sont traduits, il s’agit essentiellement de     publié dans Rivages n°9/1989, Tazmalt.

DE MARBOT, Tasebenyult [=l’Espagnole]. Le récit est extrait des Mémoires de ce général de l’armée napoléonienne. Revue  Tafukt N° 1/1994, Tizi-Ouzou.

GOETHE J. un extrait de Souffrances du jeune Werther est publié sur le site Imyura.

HIKMET N. Tecbi tiɣirdemt a gma [= Tu es comme le scorpion, mon frère], publié dans Isefra (Supplément à Tisuraf.) de Lwennas Iflis, 1977.

KIPLING R. Ad tiliv d argaz a mmi =Etre un homme, les silences du colonel Branle. La version kabyle chanté par Ali Ideflawen est traduite de la version française d’André Maurois.

KHAYYAM. Rubayeat [= Les quatrains]. Près d’une trentaine  des célèbres quatrains sont traduits par A. Hamane (avec adaptation sous forme de poésie rimée). Un seul est publié.

POTTIER E. Tagerɣlanit [=L’Internationale]. Une 2ème  version est publiée sous le titre Anwi i d imawlan-is ? dans le  Bulletin d’Etudes Berbères, 8. 1976, p. 49.

RIMBAUD A. Outre Le dormeur du val traduit et chanté par L. Matoub (1987), il existe une adaptation poème Jugurtha (composé en latin en 1869). Cette traduction faite par M. Bouyahia est publiée dans la revue Notes de linguistiques berbères à Paris, 2 (1995), pp. 27-30.

ROBLES E. Aqqur n tmurt n Leqbayel =Le rossignol kabyle. Cette traduction peu connue  est publiée dans Imaziɣen (bulletin de l’Académie berbère) à Paris, n°47 (1976).

SALLUSTE, Amgaru n Yugurten =La guerre de Jugurtha, publié dans Bulletin d’Etudes Berbères 12, 1977, puis repris dans Tisuraf  7, 1981, pp. 82-85.

UHLAND, ɣuri yiwen umeddakel =Ich hatte einen Kamerad. Texte traduit par A. Imache (1945) et chanté par Ferhat Mehenni (1979)

VIAN B. Amezzarti [= Le déserteur]. On dispose de deux versions. La première est chantée par Ferhat Imazighen Imula après avoir l’objet d’une publication de Mohia, Isefra. La seconde version est traduite et chantée par L. Matoub.

 

2.Les textes religieux, sacrés et autres.

 

2. a. La Bible et autres textes (catéchismes, prières…).

 

         Un premier inventaire des textes de l’Ancien et du Nouveau testament est donné dans Bibliography of African language texts publié dans The collections of the School of Oriental and African Studies, University of London, 1963, par  M. Mann et V. Sanders, London. Un autre inventaire plus exhaustif est donné par L. Bougchiche dans sa Bibliographie…

Ces traductions se répartissent dans le temps comme suit :

-Des petits essais élaborés par des missionnaires du Diocèse d’Alger, de père jésuite ou même avec l’aide de linguistes (A. Hanoteau, R. Basset). Parmi ces textes,  on retrouve donc :

Aktab n tiebratin d injilen s teqbaylit. édité par A. Hanoteau,  Alger, 1869.

Injil n Sidna Aisa lMasih' akken ittwakteb  s rrsul Matthieu édité par R. Basset. - Alger, 1883. [Adaptation en kabyle des sept premiers chapitres de l'Évangile selon St Mattieu].

 Injil n Sidna-Aïsa lMasih akken ittwakteb s Louqa, London, The British and foreign Bible society, 1894, 79 p.

Injil n Sidna-Aïsa lMasih' akken ittwakteb s Matta, London, The British and foreign Bible society, 1895, 74 p.

 

à ces ouvrages peuvent s’ajouter

Akatecism ne dyusis n Ledzyer s taqebailit. Catéchisme du diocèse d'Alger, édité par A. Hanoteau, Alger, 1868.

Catéchisme du diocèse d'Alger. Épîtres et Évangiles...  publié par J. B. Creusat dans son Essai de dictionnaire kabyle.

 Akatechizm amechtuh' n ldiocez n Ldzaïr, it'erjems teqbailit s J.J. amrabed’ n les Pères Blancs, Levé, Paris, 1896.

Quelques portions de la parole de Dieu : kabyle-français. Edité par H.S. Mayor, Bridel, Lausanne, 1889, 84 p.

 

Au début du XX°s., les traductions publiées essentiellement par le dépôt biblique sont assez longues et de meilleures qualités que celles du XIX°. Il s’agit de :

Injil n Sidna Aïsa lMasih akken ittwakteb s Yahia. - Alger : Dépôt biblique, 1926.

Evangile de Si Luc en Kabyle. - Alger : Dépôt biblique, 1929. – 110 p. [En caractères arabes].

Taktabt n nnbi Ichâia.,  Esaie en kabyle, Librairie Nord-Africaine, Paris/Le Dépôt biblique, Alger, 1928.

Taktabh lkcicel n dunit.,  La Genèse en kahyle, LNA,  Paris/Le Dépôt biblique, Alger, 1928.

Lâeqd ajedid' n Sidna Aïsa lMasih', Dépôt biblique, Alger, [s.d.]. -377 p.  

Taktabt n lemtul , Proverbes (les), LNA Paris/Le Dépôt biblique, Alger, 1928.

Taktabt n zabur, Psaumes (les), LNA,  Paris/Le Dépôt biblique, Alger, 1928.

 

A ces ouvrages peuvent s’ajouter :

Catéchisme historique, traduit en kabyle et arrangé par E. Guendet,Typo Litho, Alger, 1916, 72 p.

Taktabt n ttedkir. [ Livre de prières] édité par E. Guendet, Léon, Alger, 1921, 136 p.

 

A ces deux étapes vienne s’ajouter une dernière plus récente : elle débuterait en 1987 avec la publication de Injil s$ur Luqa, par les Pères Blancs à Paris, (142 p. avec glossaire) puis d’un livre de prière (1989). Elle sera poursuivi par l’Association chrétienne d'expression berbère domicilié à  Lyon (1990) puis à Paris.

- Ahbib n Rebbi : tiktabin n Luqa s tmazi$t. [ L'ami de Dieu : les écrits de Luc [adaptés] en berbère ], ACEB, Lyon, 1990. - 138 p., carte, glossaire.

Injil n Ssidna nne$ Yasue Lluasih,  ACEB, Paris 1991, 408 p., carte.

Awal n tudert : adlis n Lêeqed ajdid. [ Paroles de vie : le livre du Nouveau Testament ], ACEB, 1995, 604 p.

Par ailleurs, cette association a édité le texte du scénario du film Zzman n Sidna Aisa s tutlayt n Leqbayel, ACEB, Paris, 1995, 33p.

 

Ces dernières traductions ont le mérite d’être plus complètes, plus claires à lire, rédigées avec le système usuel actuel et souvent complétées d’un glossaire.

 

A côté de ces textes, on peut mentionner la traduction le livre traitant de la vie et des apports de Jésus écrit Mac Dowell Am unejjar ne$ kter  [tel un charpentier ou plus] traduit par Y. Bouchama, Paris, 2005.

 

 

2. b. Le Coran.

 

         Le Coran est sans doute le premier texte traduit et adapté en berbère de Kabylie. En effet, une tradition d’explication en kabyle du message coranique existe dans les zaouïas depuis au moins le XVI° s. avec l’apparition des imraben ou ‘groupes maraboutiques’. Tradition qui s’est renforcée à la fin du XX°s. avec l’apparition des moyens modernes  de transmissions (mégaphones, radio-Chaine 2, K7…).

         Mais nous ne disposons de traduction écrite de versets du Coran qu’avec la publication par K. Nait-Zerrad en 1993 de un essai de traduction du Coran en berbère. Etudes et Documents Berbères, 10, où l’on retrouve deux sourates la Fatiha [Ouverture] et Al Qariɛa. Après la soutenance et la publication de sa thèse de Doctorat en linguistique berbère sous le titre Essai de traduction partielle du Coran en berbère, on  dispose de 49 sourates traduite en kabyle.

         En 2003, une autre traduction, plus complète que celle de K. Nait-Zerrad est entamé par Hadj Mohand avec le soutien d’organismes relevant des Affaires Religieuses algériennes.

         En 2006, une traduction complète du Coran est publiée à Alger par Ramdane Ouahes.

         Il semblerait que ce n’est pas seulement la reconnaissance de tamazight comme langue nationale en Algérie (2002) qui a motivé ces deux dernières initiatives. Mais aussi d’autres raisons dont la publication de la traduction complète du Coran en tamazight par M. Houssin Jouhadi au Maroc qui a contribué à une décrispation en milieu kabyle quant à une traduction du livre saint de l’Islam en kabyle. Car, pendant longtemps, les milieux religieux traditionnels kabyles relayés par la suite par les services du Culte de l’Etat algérien répondaient l’idée que le Coran ne peut se dire qu’en arabe ! car révélé en arabe (Wa innamã anzalnã-hu Qur’ãn′ⁿ earabiyy′ⁿ ). Bien que l’intérêt pour la traduction du Coran s’est fait sentir depuis les années 70 chez certains militants berbéristes et ce, en vue de contrer l’avancée de l’arabo-islamisme. M. Haroun est le premier à préconiser cette démarche et à l’assumer ouvertement.

 

3.Textes politiques.

 

         La majorité des textes politiques datent des années 90. Ils sont l’œuvre de structures liées aux deux partis à base kabyle, le FFS et le RCD. D’ailleurs, certains sont publiés dans les journaux de ces deux partis : Amaynut et Asalu. Il s’agit essentiellement des déclarations des leaders de ces partis ou de quelques structures nationales et/ou régionales.

         Dans ce cas précis ou la version française est disponible, On parlera de ‘déclarations traduites’. Nous n’incluons pas les tracts émanant de l’Université de Tizi-Ouzou durant les 80 ou des divers textes publiés dans Tafsut, Tilelli, Tamurt/le Pays… dont nous ne disposons pas de version française.

         Le texte politique qui a connu trois traductions différentes est la Déclaration Universelle des droits de l’Homme.

 

4.Textes divers :

         Les revues associatives tout comme les journaux tels que Tamurt/le Pays ont publiés de nombreux textes scientifiques, de critique littéraire, d’économie… La majorité de ces derniers sont des traductions de versions françaises disponibles (ou supposées)[4].

 

III. Comment c’est traduit ?

 

         A l’inverse de la traduction pragmatique qui concerne les documents techniques, textes scientifiques, la traduction littéraire ; la traduction littéraire concerne les diverses créations du domaine littéraire (roman, poésie...). En plus d’une parfaite  maîtrise des deux langues,  cette dernière demande des grandes aptitudes en stylistique et des connaissances culturelles et civilisationnelles étendues.

         Dans le domaine berbère, aussi, on retrouve les deux tendances ou écoles de pensées : les ciblistes et les sourcistes .

         Le traducteur sourciste, rappelons-le, privilégie le texte de départ essentiellement dans sa forme (la langue source). Il s’agit pour lui de transmettre avec fidélité  la forme du texte de départ quitte à contraindre le texte d’arrivée à accepter de nouveaux éléments stylistiques. Les éléments culturels sont gardés de façon intacte et ce n’est que dans une seconde étape qu’il s’attellera à bien rendre le sens du message du départ.

         La majorité des traducteurs amateurs vers le berbère sont des sourcistes. Ce qui engendrera souvent des critiques de la part de lecteurs qui vont jusqu’à qualifier certaines œuvres de ‘traductions électroniques et/ou d’Internet’ ! Certes, on comprend le souci de certains traducteurs d’être fidèle à la forme du texte original, quant il s’agit de traductions de la Bible ou du Coran, mais cela ne se justifie pas en poésie, par exemple. 

         Le traducteur cibliste, quant à lui,  se soucie de ‘faire passer le message’ quitte à échanger les éléments culturels contenus dans le texte de départ par d’autres plus équivalents que le lecteur du texte d’arrivée est à même de saisir. Tout en demeurant fidèle au texte de départ, le traducteur cibliste veut rendre le sens du texte d’arrivée naturel et aisément compréhensible en langue cible.

         Un bon nombre de traducteurs vers le berbère sont des ciblistes. Et certains critiques vont jusqu’à qualifier les œuvres traduites de créations ! Cette tendance à privilégier le texte cible au détriment du texte source aboutit dans les cas extrêmes à l’adaptation, qui rappelons-le est une forme d’interprétation du texte source. Mohia a excellé dans ce domaine et a adapté plus d’une vingtaine de pièces de théâtre, des dizaines de poèmes et nouvelles, cf. Chemakh (2006) pour un inventaire détaillé. Concernant le cas Mohia, S. Chaker (2004) notait : ‘dans cette dynamique de traduction littéraire, Muhend u Yehya occupe une place à part par son ampleur, sa diversité et sa qualité, sa durée aussi. Son œuvre peut être considérée comme des grandes références fondatrices de la nouvelle littérature kabyle’.

        

 

IV. Qui traduit ? Et de quelle langue ?

 

         Dans son article ‘Traduction en tamazight’, A. Mezdad (2002 : 2) s’est intéressé au statut des traducteurs. Il note qu’ « il s’agit d’amateurs, d’autodidactes militants de la langue tamazight toujours sincères et activistes mais au savoir souvent lacunaire car non professionnels. Ces traducteurs sont généralement issus des filières scientifiques et (techniques (mathématiques, technologie, médecine, économie). Les littéraires ne sont pas concernés par ce domaine, du moins jusqu’à une date très récente ». Cette remarque est assez claire mais limitée aux années 70/2000. Mais si nous tenons compte de l’ensemble des traductions faites vers le  kabyle,  nous pouvons distinguer deux grandes catégories de traducteurs selon leurs formations, parcours et motivations.

Dans une première catégorie qu’on peut appeler  de ‘traducteurs qualifiés’, seront regrouper les linguistes, universitaires et/hommes de lettres ayant la maîtrise parfaite des langues, littératures et civilisations mises en jeu dans l’opération de traduction.

         C’est, sans aucun doute, A. Hanoteau qui est le premier traducteur à mettre dans cette lignée.

         A suite viennent les berbérisants René Basset, B. Bensedira A. Boulifa, J.M. Dallet, J. Lanfry…

         Dans cette catégorie, les universitaires Mohia, A. Mezdad, S. Sadi… occupent une place importante. Même si parmi eux, Mohia reste de loin le traducteur le plus prolifique (plus d’une centaine de textes traduits/adaptés dont une vingtaine de pièces de théâtres), ces universitaires ont, à l’instar des berbérisants qui ont inauguré la voie de la traduction, contribué avec des œuvres importantes.

 

         La seconde catégorie, que l’on peut nommer ‘traducteurs amateurs’, regroupe quant à elle une kyrielle de traducteurs allant du missionnaire religieux à l’instituteur du village. Souvent, ces traducteurs n’ont pas une bonne  maîtrise des langues et cultures mises en jeu dans la traduction.  

 

         Les traductions en kabyle sont essentiellement faites à partir d’une langue source : le français. Rares sont les œuvres traduites de l’arabe ou de l’anglais.

 

V. Appréciations des traductions

 

       Que dire  de la traduction en berbère de Kabylie dans son ensemble ? Plusieurs appréciations et jugements ont jalonné son parcours. Nous tenterons d’évaluer leurs contenus grâce à nos outils d’analyse actuels. Ces derniers sont tirés essentiellement de la traductologie ou science de la traduction.

      Un des premiers jugements sur la traduction vers le kabyle émane de B. Bensedira ( 1887 : IV-V) écrivait qui, dans préface au Cours…  notait que : ‘D’autres morceaux ont été empruntés à la littérature arabe, particulièrement au Mostatref, à Bidpay et aux Mille et une Nuits. L’imitation est évidente… Quelques fables sont d’origine française ; elles ont été sans doute introduites par des jeunes gens qui avaient fréquenté nos établissements… Parmi ces fables, plusieurs sont imités de La Fontaine et de Florian.’

 

      Deux réserves peuvent être émises à ce qu’il considère comme des traductions.

      La première consiste à ne pas trancher nettement et affirmer que tel ou tel conte est une traduction de Kalila, La Fontaine… puisque de nombreux contes font partie d’un fond commun méditerranéen.

      La seconde réserve est qu’il peut s’avérer que c’est le conte berbère qui une version originelle à partir de laquelle un auteur a bâti un récit écrit en grec, latin, arabe et français. Beaucoup d’exemples sont connus des critiques littéraires. N’a-t-on pas découvert une version italienne ayant servie aux Frères Grimm pour la rédaction de leur Blanche Neige ? Le conte kabyle Ttir igenwan ou Asfur Lhawa [= L’oiseau des cieux] n’est-il pas une version ‘moderne’ du conte berbère ayant servi à la rédaction d’Amour et Psyché à l’écrivain africain Apulée ? Affirmer aujourd’hui le contraire revient à reconnaître que les grands-mères kabyles avaient appris le latin depuis le XIXème   siècle ! 

      En traitant de littérature berbère, ni H. Basset dans  Essai sur la littérature des Berbères, Alger, 1920, ni A. Basset, Littérature berbère, dans Histoire des Littératures., Paris, 1955, vol. I, pp. 886-890 n’ont eu le réflexe de s’interroger sur la place de la traduction vers le berbère alors que leurs écrits  abondent en critiques et appréciations envers la littérature traditionnelle.

      Il a fallu attendre les chroniques de L. Galand dans l’Annuaire de l’Afrique du Nord, chroniques par ailleurs sous le titre Langue et littérature berbères : vingt cinq ans d’études, CNRS, Paris, 1979 ; pour voir apparaître des mentions concernant les différentes traductions.

      Dans son entretien avec Tafsut (1981), M. Mammeri n’a même pas insisté sur la traduction comme moyen de promotion et de développement de tamazight, bien qu’il ait cité des moyens pouvant permettre d’avoir des ouvrages écrits en berbère tels que l’Amawal.

      Dans Berbères aujourd’hui, S. Chaker mentionnait les traductions-adaptations comme élément du mouvement de production de l’écrit, qui est, à son tour, élément des permanences du faits berbères en Afrique du Nord.  Mais c’est dans son article  Naissance d’une littérature écrite… que nous avons les premières appréciations des œuvres traduites en kabyle.

 

      Peu de traducteurs se sont interrogés sur les œuvres traduites et sur la traduction. L’extrait de l’Histoire des Almohades traduit par M. Redjala est précédé de notes et remarques concernant la traduction. Outre une longue introduction à sa traduction du Coran, K. Nait Zerrad a fait suivre cette dernière d’un glossaire des termes et néologismes utilisés. A. Mezdad a consacré un article à la traduction (2002/b) où sa propre expérience est confrontée à certaines données de la traductologie.

 

VI. Critiques :

 

Plusieurs critiques peuvent être émises à l’encontre des traductions vers le kabyle.

 

1.

Les traducteurs vers le kabyle ne mentionnent pas souvent, pour ne pas dire jamais que certaines de leurs traductions sont en fait faites à partir d’autres traductions ! Est-ce par oubli ou par crainte qu’on leur reproche de ne fournir que des traductions de seconde main ?  Pourtant, ces éléments sont très importants pour l’analyse des traductions finales, en tenant compte des écarts de la première traduction par rapport au texte originel. F. Abache a mentionné qu’il a traduit Nnbi [=le Prophète] de Gibran K. à partir de l’édition française Castermann (Paris), le texte originel étant écrit en anglais. Mais combien ont eu ce réflexe.  M. Ait Ighil ne mentionne pas que c’est à partir d’une traduction française parmi tant d’autres qu’il a traduit Tchekov. Mohia, non plus, n’a jamais mentionné sur quelles traductions il s’est appuyé pour traduire Lu Xun, Mrozeck, Pirandello, Platon, Erdmann…

Peu de traducteurs font l’effort de recourir à la version originale, soit parce que cette dernière n’est pas disponible ou parce qu’il ne maîtrise pas la langue dans laquelle c’était écrit. Un des rares à faire cet effort reste Majid Hadj-Said, anglicisant de formation, il a préféré utiliser la version anglaise de Romeo and Juliet  que la version française.

 

2.

A chaque fois qu’une critique est émise à l’encontre de traductions, A. Mezdad (2002/b) est allé jusqu’à en qualifier une de ‘charabia incompréhensible’ et ‘traduction dénuée de sens’, c’est la levée des boucliers du côté des traducteurs qui vont jusqu’à dire qu’il est hors de question qu’on touche à ‘leurs’ livres (lapsus révélateur de la volonté d’appropriation de l’œuvre et de la négation même de l’auteur). Or, une traduction quelque elle soit devient un bien marchand dès qu’elle est publiée sous n’importe quelle forme, elle ne peut échapper à la critique. Les traducteurs kabyles feraient mieux de se documenter et de s’imprégner des diverses recherches menées de par le monde sur la traduction. Se réfugier derrière des formules du type Tradutorre… Traditore (=le traducteur est un traître) ou les traductions sont de ‘belles infidèles’, une reprise du terme de G. Mounin ne résoudra aucunement les problèmes théoriques et pratiques auxquels est confronté tout traducteur.

3.

La publication des traductions est souvent tardive. Certes, cela peut s’expliquer par la politique éditoriale en vigueur en Algérie jusqu’aux années 90. Politique qui ne tolère pas la publication d’ouvrages en berbère. Elle s’explique aussi par le manque de moyens de diffusion (revues…) de ces traductions. L’organisation d’un recensement des traductions même manuscrites et partielles aurait évité bien des désagréments. A titre d’exemple, chacun se réclame d’avoir été le premier traducteur de  Ussan di tmurt [=Jours de Kabylie] de Mouloud Féraoun. Ferhat Mehenni a, certes, été le premier à publier des extraits dans la revue Tafsut, 8 à 10 (1984/85). Mais lorsque Kamal Bouamara publie une traduction intégrale de cet ouvrage avec le concours du HCA en 1997, Yidir Ait Amrane entame la publication de ce qu’il appelle sa traduction.

4.

De nombreuses traductions ne sont pas soumises ne serait-ce qu’à lecture de spécialistes en langue berbère avant leur publication. Ce qui fait qu’à chaque fois qu’une traduction est mise sur le marché, on re-découvre les mêmes ‘erreurs’ (et parfois les mêmes horreurs !) que les spécialistes préconisent d’éviter. Ces dernières sont : le calque linguistique, le recours systématique à l’Amawal n tmazight tatrart, le nettoyage puriste de la langue cible des emprunts à l’arabe, les créations néologiques in vitro, les nombreuses pertes de sens,  les suppressions des passages jugés intraduisibles…

5.

De nombreuses traductions parmi celles inventoriées demeurent jusqu’à ce jour sous de K7 audio et/ou vidéo, d’enregistrements radiophoniques ou publiés à faible tirage ou ayant cessé de paraître. Elles sont alors, inaccessibles au grand public et même au public spécialisé. Là, le critique se retrouve devant un écueil : les appréciations qu’il peut émettre risquent de rester sans échos bien qu’elles soient objectives ou, aussi,  de passer pour des vérités ‘absolues’ même si elles sont totalement subjectives. Si ses lecteurs n’ont accès au texte traduit, ils ne pourront ni partager les appréciations du critique ni corroborer ses propos.

 

 

Conclusions et propositions.

 

         Plusieurs conclusions importantes peuvent être tirées au terme d’un état des lieux tel celui que nous venons de faire mais deux d’entre elles nous semblent les plus pertinentes :

         La première concerne l’apport de la traduction à la littérature kabyle. La traduction a réellement été le facteur moteur déterminant dans l’émergence de nouveau genres caractéristiques de la néo-littérature : roman[5], nouvelle, théâtre moderne et même la nouvelle poésie. Ce renouveau des genres s’est accompagné de l’apparition de thèmes jusqu’à non-formulés dans la littérature traditionnelle.

         La seconde concerne l’apport de la traduction sur le plan symbolique : le dire étranger n’est plus totalement autre dès lors qu’il passe à travers le support linguistique auquel s’identifie le groupe. De même qu’une langue pouvant être le véhicule d’œuvres littéraires internationales voit son statut rehaussé  car elle n’est plus le véhicule de la pensée d’un groupe linguistique et culturel uniquement mais un canal de la diffusion de valeurs universelles. Dans le cas du kabyle, la traduction a permis la réaffirmation de la vivacité de langue et son développement alors qu’elle était minorée, niée et même exclue des appareils idéologiques d’Etat pendant de nombreuses années.

        

         Pour ce qui est des propositions, nous pensons à :

 

-    La création d’un bulletin (et pourquoi pas un site Internet) consacré uniquement au recensement, à la critique et à la diffusion des œuvres traduites en berbère.

-    L’organisation de séminaires de formation en théorie de la traduction avec applications pratiques destinés aux traducteurs- amateurs et aux futurs traducteurs.

-    L’introduction de tamazight comme langue de traduction (de et vers tamazight) et donc comme modules (ou unités de valeur) dans les différents instituts de langue et culture amazighes et aussi dans les différents instituts de Traduction et Interprétariat, tant en Algérie qu’au Maroc.

 

Bibliographie :

 

         [Les ouvrages théoriques ainsi que les divers textes disponibles sur les sites Internet relatifs à la traduction, les théories de la traduction et la traductologie ne sont pas mentionnés].

 

AMEZIANE A. 2005, Les formes littéraires traditionnelles dans les romans de Mezdad ou l’oralité au service de l’écriture, in Actes du colloque sur la littérature amazighe, Ircam, Rabat.  

AMEZIANE A. [2006], La néo-littérature kabyle et ses rapports à la littérature traditionnelle, in Etudes Littéraires Africaines, Karthala.

BENSEDIRA B. 1887, Cours de langue kabyle, A. Jourdan, Alger.

BOUGCHICHE B., 1997, Langues et littératures berbères des origines à nos jours. Bibliographie internationale,  Ibis-Press, Paris

CHAKER S., 1989, Berbères aujourd’hui, L’Harmattan, Paris.

CHAKER S., 1992,   Naissance d’une littérature écrite : le cas berbère (kabyle), Bulletin d’Etudes africaines 17/18 pp.7-21, Inalco, Paris.

CHAKER S., 2004 [version augmentée de l’article précédent, publiée sur le site www.tamazgha.fr en décembre 2004]. 

CHEMAKH S. 1998, Enseignement de tamazight, données introductives, Anadi 3/4, pp.97-111, SCLCA,  Tizi-Ouzou.

CHEMAKH S. 2006, D’une langue à l’autre ou l’œuvre de Mohia, in Tifin 2, Ibis-Press, Paris.

HANOTEAU A. 1858, Essai de grammaire kabyle, A. Jourdan, Alger.

JOUHADI Houssin (Al-Baemrãni), 2003, [titre en arabe], Taôjamat maeãni al-Qur’ãn al-karím, bi lluɣa al-amãzíɣeyya, 428 p., Imprimerie a-Najah, Casablanca.

KHELIL S. & CHEMAKH S., 1989, Développement de tamazight à travers le mouvement associatif, Tafsut 13, pp.81-89, Tizi-Ouzou.

MAMMERI M., 1981, [Tadiwennit akd -…], Tafsut, 2, Tizi-Ouzou.

MEZDAD A. 2002/a, Expérience d’écriture dans le roman berbère, Ayamun 10, Bgayet.

MEZDAD A. 2002/b, Traduction en tamazight, Ayamun 11, Bgayet.

NAIT ZERRAD K. 1993, Un essai de traduction du Coran en berbère. Etudes et Documents Berbères, 10, p.241-246.

NAIT ZERRAD, 1998,. Lexique religieux berbère et néologie. Essai de traduction partielle du Coran. Centri Studi Camito-Semitici, Milan.

REDJALA M., 1978, Traduction partielle en kabyle de l'Histoire des Almohades d'Al-Baydaq,
Littérature Orale Arabo-Berbère. 8,  p. 81-108.

 

Sites Internet :

 

La Cyberevue Ayamun est disponible sur le site : www.ayamun.com.

Les sites www.imyura.com, www.kabyle.com et www.tamazight.fr présentent certaines traductions parmi les textes en berbère qui y sont disponibles.

Le site www.tamazgha.fr   présentent de nombreux documents traitant de la littérature berbère où la question de la traduction est abordée.

 

 

 

 



[1] M. L. Bougchiche fournit dans sa Bibliographie… sous l’entrée 8083 ; une traduction de la Bible (Evangile selon St Luc) intitulée :  Écriture sainte : extrait d'une trad. manuscrite en langue berbère de quelques parties de l'Ecriture sainte, contenant 13 chap.de St Luc.-London : R. Watts, 1833.- 56 p.

La mention 1833, année de la publication, reste problématique. Au fait, qui était l’auteur de la traduction ? Vers quel dialecte berbère la traduction est faite ? Comment ? Avec quels supports (dictionnaires, grammaires), ceux-ci étant peu disponibles ?… A moins qu’il ne s’agisse d’une ‘erreur’ de datation ou de frappe, il est peu plausible qu’une telle traduction vers le berbère de Kabylie ait existé à cette époque. Les seules traductions d’extraits de la Bible connues avant 1858 sont celles de F.W. Newman (1846) et J. Richardson (1847) vers le berbère de Ghadames.

 

[2] Parmi ces écrivains ayant reçu le prix Nobel et traduits en kabyle, nous pouvons citer : L. Pirandello (1934), P. Buck (1938), A. Gide (1947), A. Camus (1958), J. P. Sartre (1964, prix refusé), S. Beckett (1969). Mentionnons aussi qu’un texte de R. Kipling (Prix Nobel, 1907) est traduit en kabyle. 

[3] Cette liste n’est pas complète : de nombreuses chansons de G. Brassens sont traduites par Ameziane Kezzar ne figurent pas dans cette liste pour de nombreuses raisons (indisponibilité des textes...). De même, les extraits des nouvelles de P. Mérimée, des romans de M. Mammeri… traduits par Achour Ramdane, figurant dans les manuels officiels de Tamazight (Education Nationale Algérienne), ne sont pas tous recensés.

 

[4] Il est, certes, difficile, d’affirmer que le texte berbère disponible est une traduction du français si la version française n’est pas disponible. Mais l’analyse textuelle de ces versions berbères  montre qu’une version française ait servi pour la structuration du texte en berbère. Les nombreux emprunts, calques et usages excessifs de l’Amawal trahissent l’existence d’une version en langue française ayant servi de support.

 

[5] Nous estimons, par ailleurs,  que le premier ‘roman’ kabyle est l’œuvre de Bélaid Ait Ali (1909-1950). Il s’agit de Lwali n wedrar [=Le saint homme de la montagne] publié en 1964 Par J. M. Dallet & J. L. Degezelle in Les Cahiers de Bélaid ou la Kabylie d’antan. Notre propos concerne donc les romans publiés  à partir de 1981 dont Asfel de R. Aliche.


31/05/2017
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